5 – Rouler de nuit

Être adepte de la longue distance conduit souvent à rouler de nuit.

Pour beaucoup, même parmi les cyclistes les plus aventureux, cette pratique revient à s’exposer inutilement au danger.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, en étant correctement équipé, j’ai toujours eu l’impression d’être plus en sécurité la nuit qu’entre chien et loup, aux heures critiques coïncidant souvent avec les retours d’apéro et les sorties de boite.

 

Être perçu par les autres usagers

 

Les 2 priorités : Voir et être vu !

Si je choisis à dessein d’évoquer cette situation, c’est parce que cette image d’un gilet jaune à pédales gigotant, affublé comme un sapin de noël, montre que la visibilité d’un cycliste n’est pas un problème insoluble. L’automobiliste ou le chauffeur de 35 Tonnes ne voit plus que ça et redouble de vigilance !

Néanmoins, pour satisfaire à cet objectif de sécurité, il faut que le cycliste respecte quelques règles de sécurité élémentaires : feux arrière et avant puissants et gilet réflectorisé en bon état.

Les autres usagers peuvent être surpris par une nuit froide de voir apparaitre dans le faisceau de leurs phares un olibrius brillant de mille feux, occupé à pédaler sur la route à une heure où le commun des mortels se repose dans la tiédeur d’un lit douillet.

 

 

Être correctement équipé

Comptant parmi les obsédés de la sécurité nocturne, j’estime que multiplier les accessoires de sécurité n’est jamais inutile. Sans prétendre être un modèle à suivre, voici quelques dispositions que j’ai adoptées pour ces sorties :

  • Pour assurer la perception transversale du vélo par les autres usagers, des bâtonnets rétro réfléchissants sont « clipsés » sur les rayons des deux roues (effet garanti la nuit) ;
  • Pour qu’au premier coup d’œil un automobiliste comprenne qu’il arrive sur un cycliste, un bracelet lumineux permanent enserre mon mollet gauche. Son déplacement vertical me différencie des cyclomotoristes. Les autres usagers estiment ainsi la distance qui nous sépare.
  • Outre le feu arrière et le catadioptre règlementaires, j’ajoute par précaution un feu rouge permanent sur les haubans et un autre fixé sur l’axe de roue arrière ;
  • À l’arrière du casque est installé à demeure un feu à trois fonctions : clignotant, chenillard ou permanent. Lorsque je randonne seul, je choisis systématiquement la position clignotante ;
  • Les sacoches sont équipées de bandes réflectorisées ;
  • Je porte une chasuble réglementaire jaune à fort indice de réflectorisation (très à la mode ces derniers temps, j’ai un certain succès sur les ronds-points)
  • Enfin à l’avant, le vélo est équipé d’une lampe alimentée par un moyeu-dynamo dont le large faisceau garantit un éclairement de 100 lux et une bonne perception de ma présence par les usagers circulant en sens inverse.

Considérations sur la règlementation

Au risque d’être taxé de râleur, de donneur de leçons et de mauvais patriote, je vous livre quelques réflexions relatives au code de la route et aux prescriptions normatives françaises en matière d’éclairage et de signalement du cycliste en période nocturne.

Contrairement à nos voisins allemands plus exigeants, le code français n’impose pas aux constructeurs et aux distributeurs une qualité minimale en matière d’équipements et d’éclairage. De ce fait, en France, les équipements vendus avec le vélo sont souvent des produits d’importation bas de gamme dont la très médiocre conception ne laisse guère espérer un fonctionnement au-delà quelques heures.

Actuellement, seuls les vélos à assistance électrique sont dotés dès l’origine d’équipements un peu plus sérieux, sans doute eu égard aux prix de ce type de vélo et peut être aussi pour que les fabricants français se situent au niveau de la concurrence étrangère

Au prétexte qu’ils ne permettraient pas d’apprécier la trajectoire d’un cycliste, le code de la route français interdit l’usage des feux clignotants. Pourtant ils contribuent à signaler efficacement un cycliste isolé. Selon mon interprétation, il n’est pas interdit de doubler un feu fixe obligatoire avec un feu clignotant et concilier ainsi l’efficacité et la règlementation

La norme EN1150 précise les caractéristiques des gilets réflectorisés cyclistes. Ceux-ci doivent être estampillés avec un marquage « CE » garantissant la conformité. Il me semble important de rappeler que l’efficacité de la réflectorisation décroit de manière significative au fil des lavages. Deux solutions s’imposent à vous : ne jamais les laver, ou en changer assez régulièrement comme les slips. Personnellement, je renouvelle chaque année mon gilet jaune. Pour les slips je vous laisse deviner.  

Pour ces diverses raisons, je vous conseille d’opter pour des équipements agréés par des normes allemandes. Elles vous garantiront un niveau certain sécurité.

La vigilance pour rouler de nuit 

Rouler de nuit, même bien équipé, implique d’être particulièrement vigilant.

Les animaux sauvages souvent reclus en journée au cœur de la nature profitent de la relative tranquillité nocturne pour aller et venir en tous sens. S’il faut savoir profiter de la quiétude ambiante des randonnées nocturnes, souvent occasions de moments de plénitude, il faut garder présent à l’esprit que le sanglier, le blaireau ou le lapin tapi dans l’ombre peuvent surgir sans crier gare et vous arrêter net dans votre élan.

Dans la famille des blaireaux, il existe une espèce présentant la particularité d’être bipède et souvent braillarde. Il s’agit du noctambule particulièrement actif les soirs de fête de la musique et autres festivités du même ordre. Pour éviter de les croiser, je suis attentif à ne pas programmer une randonnée traversant des villes au moment de ces évènements.

Les pièges cachés de la route apparaissent au dernier moment. Un éclairage de qualité et un regard dirigé suffisamment loin suffisent généralement à les déjouer. À cet effet, un éclairage avant fixé de manière un peu lâche permet d’orienter le faisceau lumineux plus ou moins en avant en fonction de la vitesse.

Dans une montée de col, la lampe balaie une zone plus courte qu’à la descente. Cette possibilité d’incliner plus ou moins l’optique du phare permet aussi par plusieurs basculements successifs d’indiquer à un automobiliste distrait l’effet d’aveuglement produit par des phares mal réglés.

Rouler de nuit peut être source de plaisir

Certains ont tenté l’expérience et n’ont jamais souhaité recommencer. À contrario, d’autres apprécient ce plaisir nocturne laissant beaucoup de place pour développer des sensations rares dans la vie courante. On voit peu, mais on ressent autrement. Il appartient à chacun de se déterminer et à ne pas forcer sa nature.

J’ai découvert la route de nuit lors d’une première flèche Vélocio, très décisive pour la suite de ma pratique du cyclotourisme. La nuit me semble être un moment particulièrement propice à la réflexion, où je me sens un peu en retrait du monde ordinaire. Assez peu enclin à la méditation en position du lotus, j’apprécie le pédalage nocturne, il ouvre grand les portes de l’imaginaire et du vagabondage intellectuel.  

En relisant ma prose, je me suis aperçu que les bonheurs du pédalage nocturne sont un des thèmes récurrents de plusieurs de mes récits de voyage.

J’espère qu’ils ne vous endormiront pas !




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