2019 – Eurodiagonales BREST – INVERNESS (Écosse) – BREST

Synthèse

  Trajet : Brest – Inverness – Brest

  Dates : du 19 juin au 03 juillet 2019

  Distance : 2457 km

  Dénivelée : 28 950 m

  Participants :

Melvel Michel (abandon à Exeter)

Gauthier Gérard

Et en « guest star » de Roscoff à Brest :

Boulvert Jean-Luc

  Homologation FFCT : 19-007 & 19-008

    Étapes
1 ST SERVAIS (29) – BREST – PLYMOUTH (Angleterre) 105 km 972 m
2 PLYMOUTH – BATH 201 km 3208 m
3 BATH – SHREWSBURY 193 km 2130 m
4 SHREWSBURY – KENDAL 223 km 1848 m
5 KENDAL – MELROSE (Écosse) 186 km 2442 m
6 MELROSE – PITLOCHRY 178 km 2471 m
7 PITLOCHRY – INVERNESS 146 km 1360 m

 

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    Étapes
1 INVERNESS (Écosse) – GLENROTHES 250 km 3494 m
2 GLENROTHES – CARLSLILE (Angleterre) 201 km 1650 m
3 CARLSLILE – ASHTON IN
MAKERFIELD
205 km 2410 m
4 ASHTON IN
MAKERFIELD – LEOMINSTER
173 km  1745 m
5 LEOMINSTER – TAUNTON 178 km 2429 m
6 TAUNTON – PLYMOUTH 144 km 2110 m
7 ROSCOFF (29) – BREST – LE RELECQ KERHUON (29) 74 km 681 m

 

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À notre niveau, le projet paraissait un peu osé : tenter un aller et retour entre BREST et INVERNESS en enchainant ces deux eurodiagonales dans les délais impartis.

Alors pour rassurer la famille, les amis et les copains cyclos, je leur ai adressé un compte-rendu quotidien par MMS, histoire de garder le contact, de relater notre progression au jour le jour et de décrire l’état d’esprit du moment.

La concision imposée par cette forme de messages et le peu de dextérité dont je dispose pour les rédiger avec mes gros doigts ont abouti à occulter nombre d’impressions, d’évènements et de rencontres.

Pourtant, malgré les imperfections liées à ce mode de communication et pour éviter le risque d’idéaliser le voyage restitué a posteriori, j’ai choisi de vous livrer cette prose numérique telle qu’elle a été écrite. C’est peut-être la manière la plus authentique de vous faire vivre ce périple de l’intérieur avec le ressenti de l’instant.

Pour compléter le récit de cette petite aventure, j’ai souhaité relater quelques anecdotes et transmettre les impressions que j’aurais aimé évoquer si le format du MMS et le temps me l’avaient permis.

Les compléments rédigés à mon retour apparaissent en italique à la suite des messages.

 

19 juin – Landivisiau / Brest / Roscoff / Plymouth

105 km – Dénivelée 972 m


Bonjour à tous,

Nous sommes à bord du Titanic. Il vient d’appareiller. L’approche vers Roscoff sous un ciel plombé s’est passée sans problème, excepté une crevaison. Il semble qu’avec mon coéquipier Michel, nous ayons à peu près le même rythme. Nous arriverons à Plymouth vers 21 h (heure anglaise, soit 22 h à l’heure française)

Bonne fin d’après-midi.

 

20 juin – Plymouth / Bath

201 km – Dénivelée 3208 m


Bonsoir à tous

L’étape d’aujourd’hui a été très belle mais aussi très exigeante, notamment dans le parc national du Dartmoor. Sur ces routes, nous croisons de nombreux animaux errants qu’il faut souvent éviter (vaches, moutons, chevaux).

Mais ce qui est inévitable, c’est le relief avec des côtes à répétition dont la déclivité atteint les 20% en de nombreux endroits

Au terme d’une étape de 201 km, le GPS indique un dénivelé positif de 3208m.

Ces conditions éprouvantes n’ont pas permis à Michel de continuer. Ce matin, à Exeter, il a préféré renoncer en constatant que ses 73 ans commençaient à mettre à mal sa condition physique. Michel embarque ce soir pour Roscoff. Je suis sincèrement désolé pour lui.

Pour l’instant, sachant que la réorganisation de son retour ne pose pas de problème majeur, j’ai choisi d’essayer de mener à son terme ce projet dans lequel je me suis beaucoup investi. Dans l’immédiat, les conditions sont assez favorables même si j’ai passé l’après-midi à bâcher et à débâcher.

L’accueil des anglais est plutôt chaleureux et leur comportement sur la route vis à vis des cyclistes semble très respectueux. C’est un point essentiel car les routes sont assez étroites et presque toujours dépourvues d’accotement.

Que dire de plus, les difficultés sont un peu atténuées par la beauté des paysages et par ce sentiment de liberté que j’éprouve dans l’ambiance particulière d’un voyage désormais solitaire.

INVERNESS est encore loin et BREST encore plus ! La moisson de sensations ne fait que commencer.

Sur ce, je vous laisse car demain le réveil sonnera à 4 heures.

Mon hôtesse du jour, Sandra est une vieille dame très attentionnée. Elle vit dans une petite maison en compagnie de ses chats. À voir l’affection qu’elle leur porte, je devine qu’ils occupent sa solitude lorsqu’aucun hôte ne vient perturber cette vie de recluse. Sandra me rappelle ma mère qui s’adressait à son chat en le vouvoyant comme une personne…

 

21 juin – Bath / Schrewsbury

193 km – Dénivelée 2130 m


Bonsoir à tous,

Pour la première fois depuis notre départ, cette étape n’a pas été arrosée et le vent à eu la bonne idée de souffler à peu près dans le bon sens. Pour autant, pas d’exploit malgré une dénivelée moindre que la veille. Je respecte à la lettre le précepte « Qui veut voyager loin, ménage sa monture ».

En dehors de ces considérations de cycliste moyen, je profite à plein de cette randonnée riche en sensations : quel bonheur de profiter au soleil levant du silence et de cette lumière qui magnifie la campagne anglaise, apparemment très préservée. L’alternance inévitable entre les routes parfois encombrées et bruyantes avec les chemins étroits perdus dans une campagne bucolique permet de mesurer les dégâts de la civilisation urbaine.

Je vous livre un peu en vrac ce qui me passe par la tête au fil des kilomètres.

Pour diverses raisons, on peut échouer en tentant un tel challenge : problèmes mécaniques ou physiques mais aussi la baisse de mental. Pourtant, même dans les pires moments de doute, jamais je n’ai imaginé qu’une telle mésaventure pourrait être à l’origine d’un échec : à Dymock ce matin dans un établissement très recommandable, puisque j’ai dénombré huit pompes à bière, je me suis retrouvé enfermé dans les toilettes dont la porte mal ajustée, s’est coincée. J’avais beau appeler et tambouriner, personne ne pouvait m’entendre car un sas d’hygiène et une salle étaient intercalés entre ma prison et le bar ! J’ai fini par me libérer en malmenant un peu la porte. Dans ma crise d’angoisse, je voyais déjà mon vélo et mes bagages embarqués par un indélicat…

Les anglais sont vraiment très « friendly » et témoignent beaucoup de sympathie au cyclo que je suis. Pardonnez cette rédaction très décousue, faite sur le coin d’une table où je termine mon repas. Et merci pour tous vos messages.

 

22 juin – Schrewsbury / Kendal

223 km – Dénivelée 1848 m


Bonsoir à tous,

Résumé sommaire de la journée cyclo : départ à 4h30, en prévision de la traversée difficile de la zone très urbanisée comprise entre Manchester et Liverpool : en gros environ 35 km de villes, de zones commerciales et industrielles avec giratoires et carrefours à feux à profusion, histoire de bien casser l’élan que j’essaie de prendre.

De part et d’autre de ce cauchemar cycliste, des petites routes tranquilles avec un profil souvent ondulant. C’est la contrepartie pour bénéficier de points de vue variés sur une campagne où les haies soulignent le modelé du relief.

Et l’Angleterre, c’est plein d’anglais. Ceux-ci me sont de plus en plus sympathiques : ce matin en quittant ma chambre d’hôte, j’ai trouvé sur ma selle d’excellents chocolats avec un message d’encouragement rédigé en français « bon voyage Gérard »

Cet après-midi, j’ai discuté avec une vieille dame. Elle m’a d’abord présenté son marin de mari, puis son chien et m’a remercié de visiter l’Angleterre !

Je ne comprends pas pourquoi les anglais sont perçus comme nos plus vieux ennemis. Il doit y avoir un gros malentendu. Sur ce, je vous laisse car demain la journée promet d’être rude.

Bon week-end.

PS : pour les cyclos, je joins une photo des routes que j’affectionne. Sinueuses et ondulantes, avec de l’herbe au milieu et les haies si proches, les sensations de pilotage sont uniques !

Seul inconvénient, ces chemins sont tellement étroits que les orties picotent parfois les bras.

Ce soir, avec le sésame trouvé dans la boite à clefs, je pénètre dans une maison inoccupée, un peu déçu de ne pas rencontrer la propriétaire. Dans nos échanges, elle s’était montrée très intéressée par notre projet de voyage.

Seul dans le séjour-cuisine, je me restaure d’un curry indien acheté en ville. Peu à peu, un certain malaise m’envahit : en balayant simplement du regard le décor ambiant, j’ai la sensation de violer l’intimité d’une personne. Tout ici trahit une personnalité anticonformiste, très certainement originale. Je l’imagine aisément artiste.

À la réflexion, je suis peut être dans l’erreur. Le mystère restera entier …

 

23 juin – Kendal /Melrose

186 km – Dénivelée 2442 m


Bonsoir à tous,

Encore une belle journée commencée par un petit col insignifiant (454 m) aux pentes démentielles éprouvantes pour les cuisses. J’ai du mettre pied à terre à plusieurs reprises… En compensation des paysages uniques quadrillés par des murs de pierres sèches enserrant des prairies où paissent en bonne entente des vaches aux pelages divers et variés et des moutons blancs et noirs grassouillets.

Depuis le début de l’après-midi, je roule en Écosse : calme et sérénité garantis, bosses en prime.

Demain, un gros morceau m’attend avec la traversée d’Edimbourg et une météo promettant pluie et orages (à ce qu’il parait car je n’ai pas de connexion internet). La douche écossaise est un moment incontournable pour le voyageur désireux de goûter le whisky sur les lieux de production.

Comme disait le professeur Shadocko : c’est tout pour aujourd’hui !

 

24 juin – Melrose / Pitlochry

178 km – Dénivelée 2471 m


Bonsoir,

En France, vous subissez la canicule. Ici, je profite de l’Ecosse telle qu’on l’imagine : brume, nuages, pluie fine, pluie intense, bref la palette météorologique complète. Pour autant, cela ne gâche pas mon plaisir car je ne suis pas venu ici pour bronzer.

Le début de parcours est assez difficile, la majeure partie de la dénivelée de la journée se concentre sur les 100 premiers kilomètres. Au final, plus d’une heure et demie de retard sur ma feuille de route malgré un départ avancé d’une heure.

Dans une longue descente bordée de murs de pierres sèches, je dérange deux moutons, qui en me voyant détalent dans une course folle pour tenter d’échapper à ce furieux poursuivant. Un peu plus loin, je subis une casse de chaine qui aurait pu être fatale pour le dérailleur.

La traversée d’Edimbourg se passe sans encombre grâce au GPS et à un remarquable réseau cyclable. Un peu plus loin, je franchis le fleuve Forth, par un pont de 2 km surplombant l’estuaire d’une hauteur de 26m si j’en crois Gégépéesse. En fin d’après-midi, j’arrive à Pitlochry par une magnifique route forestière au terme d’une étape arrosée, courte et très relevée.

Demain, si tout va bien, Inverness.

Restez à l’ombre et buvez frais !

À mi-journée je franchis un petit col. La brume estompant les lointains crée une atmosphère étrange.

Au sommet, je découvre un mémorial surprenant vraisemblablement dédié à un chien disparu.

Une plaque commémorative, des peluches et des fleurs artificielles témoignent de l’attachement du maitre à son animal.

 

25 juin – Pitlochry / Inverness

146 km – Dénivelée 1360 m


Bonjour à tous

Une fois de plus, je profite de la corvée de lessive pour vous relater cette journée.

Parti confiant à la vue du soleil matinal à Pitchlory, j’ai déchanté en arrivant au sommet du premier col noyé sous un ciel menaçant. Le vent glacial m’a surpris et obligé à adopter la tenue adéquate. En enfilant mes gants et mes jambières, j’ai eu une pensée pour vous qui souffrez de la chaleur et êtes astreints à éponger le stock de rosé.

Un deuxième col se trouvait par hasard sur ma route. Par chance, ces deux ascensions n’ont pas été trop rudes et j’ai pu apprécier le parcours souvent agréable.

En arrivant à Inverness vers 16h 30, j’ai atteint mon premier objectif et regretté que nous n’ayons pas réussi à relever ce défi à deux.

Pour continuer et revenir à Brest, je vais devoir barbouiller mon séant de crème anglaise, c’est aussi efficace que la Biafine (les cyclos comprendront…)

Pour le reste, je suis enchanté de ce périple qui m’a permis entre autres d’admirer de superbes vaches rousses avec une mèche, façon Françoise Hardy période « âge tendre et tête de bois ». Quel pays étonnant !

L’étape relativement courte n’a pas été trop cabossée. Cependant la moyenne est si basse que je n’ose pas en parler…

À demain

 

26 juin – Inverness


Bonjour,

Ce soir à 22 heures, je me lance sur le second challenge consistant à rentrer à Brest dans les délais. La combinaison du décalage horaire défavorable dans ce sens et les horaires de ferry me contraignent à repartir à cette heure tardive pour pouvoir tenir le délai et équilibrer les étapes suivantes en fonction de mes capacités physiques. C’est là toute l’alchimie de la préparation des diagonales.

Cela ne me pose pas de problème particulier car d’un point de vue sécurité je suis bien équipé et j’aime l’atmosphère du pédalage nocturne. Elle offre des sensations uniques, surtout sur des routes désertes. Le gibier est le principal danger, mais la nuit me rend encore plus vigilant.

Cette nuit, je vais essayer de rouler plus loin que Granton on Spey, halte prévue initialement à 60 km du lieu de départ. L’objectif est de diminuer un peu l’étape suivante qui s’annonce assez difficile si je considère mes capacités physiques limitées. Je me contenterai de petits sommes espacés pour récupérer car je crains fort de ne pas pouvoir dormir à la belle étoile dans une situation d’inconfort et de relative froideur.

Si tout se passe bien, j’arriverai à l’heure du breakfast à Balmoral, où la reine se retire en été. Il paraît que son intérêt pour les cyclistes est au moins aussi fort que sa passion pour les chevaux. Avec un peu de chance, elle me fera visiter ses royales écuries.

En attendant, je « glande » à Inverness. Hormis un château et un petit centre ancien agréable, la ville ne présente pas un grand intérêt. La seule touche exotique que j’observe est apportée par les jolies scottish tatouées déambulant avec leurs cheveux multicolores.

Étrangement, on croise beaucoup de japonais(es), j’ignore s’ils (elles) sont venu(e)s à vélo.

J’espère pour vous que les conditions caniculaires restent supportables. Ici, le temps est clément avec une température de 16 degrés. Voilà une information susceptible d’être utile pour les exilés climatiques potentiels que nous sommes devenus grâce à notre belle civilisation.

Vive le vélo, la plus belle invention de l’homme avec la machine à café expresso !

Be cool.

 

Inverness – Brest

On the road again

 

26 & 27 juin – Inverness / Glenrothes

250 km – Dénivelée 3494 m


Bonsoir,

La contrainte de l’étape nocturne s’est révélée être une chance. Le parcours comptera sûrement parmi mes meilleurs souvenirs de randonnée. En fait le terme nocturne est impropre car à une heure du matin, dans les lointains, des rougeurs du soleil couchant subsistaient. Je distinguais assez nettement le paysage, pourtant il semblait irréel. Les conditions étaient idéales, avec un ciel totalement dégagé.

À cela, il faut ajouter le plaisir d’avoir pu rouler pendant 38 km sur des routes forestières sans croiser une seule voiture. À trois heures et demie du matin, j’ai pu faire des photos en lumière naturelle avec des nuances de couleurs déjà perceptibles. Je ne savais plus où regarder tant j’étais émerveillé. De ma vie, je n’ai jamais autant vu de lapins, de chevreuils et de faisans.

Au-delà des 60 premiers kilomètres, le parcours a été très exigeant comme à l’accoutumée. Il m’a souvent obligé à redevenir piéton. Puis la fatigue à fini par me gagner. Aussi, après une ascension d’un col particulièrement raide (bien qu’il culmine à peine à 600 m) j’ai pu me poser et m’endormir comme un bienheureux sur un banc providentiel d’une petite station de ski.

Au réveil, dans des paysages impressionnants, j’ai du encore avaler des bosses très pentues en guise de petit-déjeuner. Dommage que les bruyères ne soient pas encore en fleurs !

Très en retard par rapport à la feuille de route, je n’ai pas fait le détour pour saluer la reine à Balmoral. Le reste de la journée à presque été aussi plaisant, mais ce serait peut-être un peu long à raconter. Pour information, la photo du crépuscule à été prise à 0h 52 et elle est loin de restituer l’ambiance du moment. L’autre photo est celle de ma chambre à coucher ouverte à tous les vents…

Demain, grâce à cette étape, je reviens à une distance et une dénivelée relativement normales pour ce genre d’exercice.

Bonne semaine à tous et restez à l’ombre.

 

28 juin – : Glenrothes / Carlslile

201 km – Dénivelée 1650 m


Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. A priori, aujourd’hui le parcours ne devait pas être très exigeant et les conditions météo étaient annoncées plutôt agréables. Malheureusement, j’ai passé ma journée à subir toutes les nuisances de cette satanée bagnole dont nous sommes devenus esclaves. J’avais souhaité autant que possible contourner Edimbourg : mauvaise pioche ! Ce choix s’est révélé très long et beaucoup plus contraignant que le passage en centre-ville, option choisie pour le trajet aller.

Sorti de l’agglomération, j’ai pu parcourir 80 km par des routes très tranquilles au travers d’une Écosse plus champêtre que dans les Highlands. Par une longue montée avec pour une fois une pente faible et régulière, j’ai atteint un col à 457 m.

Après la descente du col, j’ai emprunté une route secondaire supposée tranquille mais en réalité infernale car elle ne s’écarte jamais de l’autoroute. Une horreur pendant 40 km !

À cela s’ajoutent quelques contrariétés pour des détails sans importance. Mais, lorsque le moral flanche un peu, elles prennent tout de suite des proportions sans rapport avec le désagrément réel.

Pour un peu, j’ai failli oublier mon pointage à Lockerbie[1] (lieu de triste mémoire) car j’imaginais traverser cette petite ville, alors que mon parcours la contournait. Bref, dans les diagonales certains jours sont meilleurs que d’autres.

Ma conclusion pour cette étape : il est grand temps que les constructeurs automobiles se recyclent pour fabriquer des générateurs et des ventilateurs à pédales, sinon je ne donne pas cher de la planète. J’arrête de me lamenter car personne ne m’oblige à ce jeu…

Bonne nuit, en espérant qu’elle vous permette de trouver un peu de fraîcheur.

Pour la première fois depuis le départ, j’ai vécu cette journée avec une certaine lassitude tant physique que mentale et cette sensation est allée crescendo au fil de l’étape. Le bruit et la fatigue aidant, seul dans mon hébergement, je me suis mis à douter de ma capacité à mener cette chevauchée à son terme.

D’ordinaire, en cours de route je ne pense jamais à la distance restante ; tout au plus, je me projette dans l’étape suivante car limiter ainsi l’objectif le rend plus facilement accessible. Cette soudaine angoisse et l’évaluation des complications pour organiser mon retour m’ont longtemps empêché de dormir ce soir-là.

 

29 juin – Carlslile / Ashton in Makerfield

205 km – Dénivelée 2410 m


Bonsoir,

Hier soir un peu éprouvé par mon étape du jour, j’appréhendais la journée à venir. Elle s’annonçait avec beaucoup plus de dénivelée que la veille pour une distance équivalente.

Par chance, les conditions presque idéales se sont maintenues malgré la grisaille en fin d’après-midi.

L’étape a débuté par un parcours très vallonné dans cette région appelée Cumbria. Dans ce paysage de collines, on a par endroits l’impression d’être déjà en moyenne montagne.

La randonnée gagne en plaisir sur des chemins qui se tortillent et ondulent en tous sens révélant ainsi un angle nouveau et des perspectives changeantes à chaque détour ; tout cela avec un soleil matinal parfois hésitant qui peine à percer les nuages.

Le parcours s’interrompt souvent devant des barrières que l’on doit ouvrir et refermer. Elles protègent les troupeaux pacageant dans de vastes enclos. Il faut être très vigilant car les animaux craintifs, parfois tapis dans les fougères sur les bords des chemins, surgissent sans crier gare en déboulant un peu à la manière des poules.

En fin de soirée, je suis rentré dans la zone urbaine du secteur Manchester-Liverpool, un vrai labyrinthe dont je n’ai pu m’extirper qu’avec le fil d’Ariane surnommé Gégépéesse. Tous les jours, je prie Saint Garmin pour que cette merveille de technologie ne me lâche pas en route.

Ce soir, je suis dans une famille qui pourrait figurer dans un film de Ken Loach. L’Eurodiagonale est faite aussi de rencontres parfois cocasses.

Sur ce, je vous laisse, je dois récupérer mon linge qui ne sera sans doute pas sec demain matin car la canicule anglaise ne dépasse guère les 20 degrés.

La grand-mère en tablier et sa petite fille boulotte m’accueillent dans le séjour où trône un téléviseur de plusieurs yards de diagonale. Aussi bavardes l’une que l’autre, elles insistent pour me proposer de profiter du jacuzzi.

Je me contente d’un simple passage par la salle de bains visiblement en travaux depuis des années. Le « pré-décrassage » du cycliste est assuré par un des trois énormes chiens. Il lèche avec beaucoup d’application les goûteuses marques de cambouis du grand plateau imprimé sur mes jambes tandis que la grand-mère m’explique les usages de la maison.

L’odeur des gentils toutous, réelle ou imaginaire, m’accompagnera longtemps au début de l’étape suivante.

 

30 juin – Ashton in Makerfield / Leominster

173 km – Dénivelée 1745 m


  • Premier message

Bonsoir à tous,

Comme je redoute les deux dernières étapes, j’ai décidé d’échanger mon vélo contre cette Rolls Royce. Les côtes seront plus facile …

  • Second message

Finalement, faute de prise USB sur la Rolls, j’ai repris mon vélo.

Ce matin, à l’aube, dans le secteur de Manchester, j’ai croisé plusieurs jeunes filles de retour de boîte. La plupart étaient très légèrement vêtues, malgré une température de l’ordre de 15 degrés. Chacun a sa perception propre de la canicule !

La journée s’est passée avec des conditions toujours idéales malgré le vent parfois gênant. Les 100 premiers km m’ont surtout permis d’avancer vers une région plus intéressante, tant pour les paysages que pour le patrimoine. J’ai eu tout loisir de musarder, de prendre le temps de photographier et même de discuter plus longuement que d’habitude. Ce ne sera sans doute pas le cas demain car si l’étape est à peu près équivalente en distance, elle pèse 700 m de plus en dénivelé. Demain je prévois une arrivée tardive et je n’aurai peut-être pas le temps de vous faire un petit compte rendu.

Ça vous fera des vacances !

En arrivant au terme de l’étape à Leominster, je remarque une Rolls Royce garée devant l’entrée d’un dépôt de matériaux anciens. Je m’avance vers trois hommes installés sur des chaises qui discutent au milieu de ce capharnaüm. Les récupérateurs intrigués me jaugent et semblent s’interroger sur les raisons de cette intrusion dans leur antre. J’explique que je souhaite être photographié avec ma monture devant la prestigieuse voiture. L’un d’eux, véritable colosse aux allures d’Anthony Quinn, vêtu d’une chemise déchirée, se lève. Puis, avec application, il immortalise la rencontre improbable d’un cycliste ordinaire avec l’aristocratique véhicule. Flatté que je m’intéresse à son carrosse – car c’est le sien – il m’invite à prendre la pose en entrouvrant la portière de la Rolls. Dans la conversation, je lui expose brièvement la nature de mon périple. Zorba le grec, un peu impressionné, me souhaite une bonne fin de voyage et me salue d’une poignée de main dont la vigueur doit lui permettre de desserrer des boulons de tracteur sans clef !

 

1er juillet – Leominster / Taunton

178 km – Dénivelée 2429 m


Bonsoir à tous,

Vous n’échapperez pas ce soir au compte rendu quotidien car je suis arrivé plus tôt que prévu, malgré les bosses et une vitesse en chute libre. Les conditions sont toujours aussi bonnes et je pense que ce sera encore le cas demain pour cette dernière étape anglaise. Elle se déroulera en grande partie en lisière du superbe parc national de Dartmoor où nous avons tant dérouillé physiquement le premier jour au départ de Plymouth.

L’étape du jour marquée par un bref passage au pays de Galles a été un enchantement. Au prix d’ascensions sévères et de descentes redoutables, j’ai pu découvrir de superbes panoramas agrémentés par un ciel chargé de nuages. Par chance, ils n’ont jamais percé.

Le passage du Severn bridge, long pont suspendu, situé à une dizaine de km de Bristol, est assez spectaculaire. Sur cet ouvrage j’ai été rejoint par une cyclote et deux cyclos gallois. Ils ont eu la gentillesse de s’adapter à mon rythme pour m’accompagner jusqu’à l’entrée de Bristol.

La traversée de cette ville est plutôt labyrinthique du fait d’une topographie très chahutée. Elle laisse le temps d’avoir un aperçu de la ville où l’on trouve des constructions insolites. Ça donne envie de revenir d’autant que je trouve le contact excellent avec les british. C’est un très beau pays qui gagne à être mieux connu.

Demain, le Dartmoor park devrait épuiser mes dernières ressources physiques avant l’embarquement pour Roscoff à 22h.

J’ai une pensée particulière pour nos 4 diagonalistes sur le départ Catherine, Michel, Pascal et le chef Cédric. Bonne route à eux !

Aux abords de l’université, je cherche un panneau suffisamment explicite pour témoigner de mon passage à Bristol. Pour ce pointage, je sollicite un cycliste de passage et lui demande de me photographier en cadrant aussi mon vélo et la plaque de cadre « Inverness-Brest ».

Une fois de plus, la plaque magique suscite l’intérêt. Nous faisons brièvement connaissance.

Le Docteur Steve Bullock, professeur en aéronautique à l’université, passionné par les voyages, m’indique qu’il mentionnera mon passage à Bristol par un petit article sur le site de l’université.

À mon retour Steve m’adresse un message en français avec un lien vers le site de l’université évoquant notre rencontre et mon périple. Ma vitesse, loin d’être supersonique m’épargne d’apparaitre à la rubrique aéronautique.

 

2 juillet – Taunton / Plymouth

144 km – Dénivelée 2110 m


Bonjour à tous,

Arrivé à Plymouth en fin d’après-midi, je réalise que le périple que j’ai essayé de vous faire vivre au fil des jours est sur le point de se terminer. Le challenge s’achèvera en réalité demain lorsque, je l’espère, j’irai faire mon dernier passage au commissariat pour le pointage final selon le cérémonial habituel. Mon seul regret sera de ne pas y arriver avec Michel. Car un plaisir lorsqu’il est partagé ajoute encore du plaisir au plaisir. J’espère que Michel se ravisera et qu’il sera partant pour Paris-Brest-Paris. Je souhaite de tout cœur que nous puissions à nouveau rouler ensemble.

Sur cette eurodiagonale, la chance m’a accompagné de bout en bout : si j’excepte la journée du premier passage à Edimbourg, la météo a été favorable pendant ces 14 jours. Le vent a été le plus souvent ami plutôt qu’ennemi. Parmi les nombreux voyages au long cours, je suis certain que celui-ci comptera.

Ce soir, c’est un peu comme « Au théâtre ce soir » à l’heure du baisser de rideau.

Alors, un grand merci à Bernadette qui me permet de concrétiser ces rêves de voyages un peu insensés.

Les décors étaient sans doute de Donald Cardwell ; aussi, je tiens à le remercier car ils m’ont bien souvent émerveillé. Et puis, un grand merci à vous tous pour les liens que nous avons maintenus ou renoués.

Enfin, Thank you à tous les britanniques qui m’ont aidé et encouragé (notamment mes hôtes).

Je ne manquerai pas de vous informer de mon arrivée à Brest (je touche du bois). Elle sera le vrai terme de ce voyage. Toutefois, si le Titanic venait à sombrer, je demande à Bernard LESCUDE (délégué fédéral de la FFCT) à titre dérogatoire de valider Inverness/Brest à titre posthume.

Merci à tous.

 

3 juillet – Roscoff /Brest

74 km – Dénivelée 681 m


Bonjour à tous,

Je suis devenu « accro » à ce billet quotidien qui je le jure sera le dernier. Après, promis, je cesse de vous importuner.

Ce matin en débarquant à Roscoff, j’ai eu le plaisir de trouver Jean-Luc, mon futur coéquipier du prochain Paris-Brest-Paris.

Résidant à Concarneau, il a fait le déplacement jusqu’à Brest en voiture, puis est venu à vélo me surprendre au débarcadère de Roscoff.

Le retour en duo à été une vraie fête. Le vent portant nous a permis de rentrer à une vitesse à laquelle je n’étais plus guère habitué ces derniers temps.

Le voyage se termine en apothéose. À Brest, je suis gratifié du tampon final par une femme gendarme qui me reconnait malgré mon groin raboté.

Car je peux bien vous le dire maintenant : avant-hier en fin d’après-midi je me suis bêtement ramassé sur un trottoir.

Je vous rassure, la chaussée va bien, le revêtement est à peine enfoncé et je n’aurai pas eu de problème avec les Ponts et chaussées britanniques au motif d’avoir dégradé le patrimoine de sa gracieuse majesté. D’ailleurs les douaniers à Plymouth m’ont laissé passer.

Demain, ce sera le retour vers le « Sweet home » par Blablacar. Mon instrument de torture préféré sera transporté dans une voiture avec remorque rentrant fort opportunément en Touraine.

Décidément quand c’est bien, c’est bien de bout en bout !

 


[1] L’attentat de Lockerbie contre un avion de la Panam a provoqué la mort de 270 victimes

 

  Album photo de cette excursion



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